Pourquoi je choisis la matière face à l'IA générative : Manifeste pour une création vivante

Pourquoi je choisis la matière face à l'IA générative : Manifeste pour une création vivante

Récemment, j'ai vu une amie artiste subir de plein fouet le pillage de son travail par des intelligences artificielles génératives. Voir une personne proche confrontée à cette réalité m'a profondément touché. Derrière le discours lissant qui vend le côté « magique » de ces technologies se cache un profond sentiment d'injustice : celui de voir des années de savoir-faire, d'échecs, d'errances en atelier et de sensibilité réduite au rang de produit jetable.

Alimenter un algorithme avec le travail d’un créateur qu’on admire n'a rien d'un hommage. C’est un pillage. Une identité artistique ne se résume pas à un assemblage de pixels à copier en deux clics pour obtenir une pâle réplique sans âme : elle est le fruit d'une vie entière de recherche.

Ce que dit la loi : Le droit moral est inaliénable

En France, le cadre juridique protégeant la création est historiquement l'un des plus solides au monde, fondé sur le Code de la propriété intellectuelle :

  • L'article L. 111-1 stipule que l'auteur d'une œuvre de l'esprit jouit sur cette œuvre, du seul fait de sa création, d'un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous.

  • L'article L. 121-1 consacre le droit moral : l'auteur jouit du droit au respect de son nom, de sa qualité et de son œuvre. Ce droit est perpétuel, inaliénable et imprescriptible.

S'accaparer le travail d'un artiste sans son consentement pour entraîner des serveurs est une dérive illégale. Même si la législation peine à suivre la vitesse des évolutions technologiques, ce cadre existe pour défendre nos métiers et la création humaine.

Deux visions du monde : Du « fast-food visuel » à l'exigence de la matière

Nous entrons dans une époque séparée en deux visions radicales :

  1. Une logique consumériste qui utilise l'IA pour produire du contenu de masse, facile à consommer, dénué de substance et digéré en boucle par des algorithmes.

  2. Une démarche d'auteurs qui consacrent leur existence à façonner un message, partager une vision de la beauté et apporter une trace sensible au monde.

J'ai choisi mon camp depuis longtemps. C'est la raison pour laquelle je prône un retour absolu à la matérialité et à l'artisanat. J'ai besoin de travailler le carton, de découper le balsa, de fabriquer des maquettes à l'échelle et de patiner chaque texture de mes propres mains. Dans mon processus, l'outil numérique reste à sa stricte place d'instrument technique servant à capturer la lumière et sceller la prise de vue finale, jamais à remplacer le geste.

Le risque réel n'est pas seulement économique, il est culturel : c'est l'extinction des savoir-faire. Le monde n'a pas besoin d'un système de recyclage automatisé, il a besoin d'une âme.

Protégeons la création vivante.

Florian Sanna (Abuz One)

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